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À Genève, des “zoos humains” à l'entrée payante ont existé pendant 15 ans

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Camille Miranda

On a tendance à associer Genève à la diplomatie, aux grandes institutions internationales, à une certaine idée du progrès civilisé. Alors forcément, apprendre que la ville a organisé pendant quinze ans des exhibitions payantes de populations africaines et asiatiques présentées comme des curiosités vivantes, comme le précise Thierry Maurice.

En effet, entre 1896 et 1911, Genève accueille pourtant une dizaine de ces "monstrations humaines", portées par des entrepreneurs privés qui surfent sur un goût du public alors bien réel pour ce type de spectacle .C'est le marchand d'animaux sauvages Carl Hagenbeck, qui propose dès le dernier quart du XIXe siècle des exhibitions payantes de groupes humains dits "exotiques", associant dans ses mises en scène animaux et "spécimens" humains censés reproduire leur vie quotidienne. La formule fait un tabac sur le continent, et Genève n'y échappe pas.

Le parc des Eaux-Vives, épicentre du scandale

En septembre 1906,un premier "Village abyssin" de 70 personnes (hommes, femmes, enfants) s'installe au parc des Eaux-Vives après avoir été recruté à Djibouti. Ils chantent, dansent, reproduisent des scènes du quotidien, font classe à leurs enfants sous les yeux d'un public venu en famille, comme on irait voir des animaux dans un zoo. L'année suivante, c'est un "village hindou" de 75 personnes qui débarque avec ses éléphants, ses fakirs et ses charmeurs de serpents.

En 1908, les Wougalaga, présentés comme "les derniers descendants des Sioux", finissent par se révolter contre leurs conditions de travail avant d'être renvoyés sous escorte vers Paris. Le parc accueille encore en 1910 un "Village noir à la française" d'une centaine de personnes venues du Sénégal, sous la houlette d'un entrepreneur que l'historien John MacKenzie.

La fin d'une ère

Ce chapitre s'arrête en 1913, quand la commune des Eaux-Vives rachète le parc pour le convertir en domaine public. Les raisons sont multiples : échec économique du Luna-Park qui gérait les lieux, volonté des autorités de proposer de "saines distractions", mais aussi la montée en puissance du cinéma, qui offre désormais une autre façon de voyager par procuration. Genève, qui commence à se construire une image de "ville de la Paix", ne peut décemment plus afficher ce genre de "spectacle". Ce que l'histoire retient maintenant, c'est surtout le système qui rendait tout cela possible et parfaitement banal...

Source : Bibliothèque de Genève